La plupart des rites religieux pratiqués dans l’Afrique traditionnelle étaient accompagnés de musique, de chants et de danseurs masquées.
En dehors des moments où il était utilisé, le masque était entreposé dans un endroit consacré. Quand il était vieux et hors d’usage, on le remplaçait par un autre. Un masque n’était jamais jeté sans précautions : sa destruction s’entourait de rites destinés à transmettre à un autre masque les forces occultes qu’il recélait. Parfois on le déposait dans un lieu spécial, grotte ou hutte spéciale pour le laisser se désintégrer sous l’action du temps et des termites.
Contrairement à la façon selon laquelle il apparait dans les musées, le masque en Afrique était souvent accompagné d’un long vêtement en fibres ou rafia qui dissimulait entièrement le porteur.
Quand il se promenait dans le village affublé de son masque, son porteur marchait d’un pas solennel. Durant les cérémonies, il pouvait exécuter des danses en véritable tourbillon. A chaque masque était attachés des pas de danse rituels.
Le masque avait en général son danseur attitré, cela pouvait durer plusieurs décennies. Le masque demeurait dans le lignage, transmis de génération en génération, ou bien dans la société secrète.
Tous les masques n’ont pas la même puissance surnaturelle. Il y a les « masques de femmes » qui pouvaient être vus par tous : femmes, enfants, individus non « initiés » dans une confrérie. Les autres masques, supposés chargés d’une puissance terrible, n’étaient vus que par les hommes ayant subis une initiation. Leur passage dans le village avait souvent lieu la nuit et était annoncé par le bruit d’un instrument particulier et reconnaissable. Les femmes, enfants, non initiés devaient alors aller se cacher précipitamment sous peine d’encourir des dangers très graves du type de la maladie, voire la mort.
Au cours d’une cérémonie, l’arrivée des masques correspondait à l’arrivée des esprits dans le village, d’où la terreur qui les accompagnait.
Le porteur du masque devenait le réceptacle d’une puissance invisible. Investi par l’esprit qu’il représentait, l’homme n’était plus lui-même, il perdait sa personnalité, il devenait l’esprit qui agissait à travers lui. Cette présence de l’esprit était aussi dangereuse pour le porteur du masque que pour l’assistance de la cérémonie. Le porteur du masque, entièrement possédé par sa foi religieuse, se sentait réellement métamorphosé dans le génie qu’il était censé d’évoquer. Sans le pouvoir envoutant des rites, l’ivresse de la danse et de la musique, jamais les danseurs n’auraient eu le courage de se faire investir par des génies invisibles, par les âmes des morts.
Face aux statues plus réalistes et statiques, le monde des masques ménageait une échappée plus importante vers le surnaturel, l’irréel et le dynamique. Les masques donnaient forme à des forces psychologiques informes, d’autant plus terrifiantes qu’elles étaient mystérieuses. Le masque catalysait ainsi des peurs ancestrales face à la nature. Au cours des funérailles, face à l’horreur de la mort, il pouvait avoir à jouer un rôle psychothérapeutique. le danseur masqué pouvait se sentir dégagé du monde des vivants et en plein extase, plongeant l’assistance dans l’ambiance d’un monde sacré.
Certains masques ont une forme animale. Ceci ne veut pas dire que ce masque ne soit pas l’évocation d’un ancêtre car, pour l’africain, il est tout à fait possible qu’un ancêtre ai eu une forme animal ou mi homme mi animal. Autrement le masque animal peut évoquer un épisode de l’histoire collective dans laquelle cet animal ai joué un rôle particulier.
Les masques intervenaient dans la plupart des moments de crise dans un village par la présence des génies ou des ancêtres qu’ils incarnaient, les difficultés du moment. pour résoudre,
Autrement les masques intervenaient dans le village pour marquer les temps forts de la vie de la collectivité ou des périodes de mutation. Ce pouvait être pour célébrer le travail agricole et fêter les génies de la nature qui pouvaient favoriser leur richesse. Ce pouvait être pour implorer la venue de la pluie, ou encore lutter contre une maladie ou une attaque du village par un autre groupe humain ou encore célébrer des rites de passage tels que l’initiation des adolescents ou la célébration d’un décès.
L’organisation de ces fêtes était les prérogatives de sociétés plus ou moins secrètes ou de confréries.
L’initiation des adolescents prenait une place conséquente. Elle correspondait à un changement de statut préparé par un séjour dans un lieu éloigné du village. Ils y subissaient des épreuves physiques douloureuses (circoncision pour les garçons, dans certaines ethnies excision pour les jeunes filles). Ce n’était pas les adolescents qui étaient masqués mais les anciens qui dirigeaient leur apprentissage et leur enseignaient les règles de la vie sociale. Masqués les anciens se voyaient attribué un supplément d’autorité et le jeune en cours d’initiation ne pouvait reconnaître plus tard ses maîtres. Parfois, ce pouvait être les jeunes initiés qui soient porteurs de masques. Au cours de l’initiation les adolescents étaient censés mourir pour renaitre dans la société des adultes. Au cours de ces rites, les spectacles masqués étaient censés permettre de transmettre d’une génération à la suivante le savoir issu de la tradition.
Autre étape importante, les funérailles étaient souvent considérées comme l’initiation du défunt à la vie dans l’au-delà. D’une façon générale, on assistait à des défilés et des danses de masques dans les rues du village ainsi que dans la maison du défunt. L’objectif était de faciliter le passage du défunt dans son nouveau statut, soit éviter qu’il ne revienne hanter le monde des vivants et qu’au contraire qu’il fasse profiter de sa force à sa descendance
Enfin les masques pouvaient être portés par les membres de confréries ou de sociétés secrètes qui jouaient de réels pouvoirs dans les domaines politiques ou judiciaires. Certaines sociétés pouvaient même constituer un état dans l’état. Ces confréries essayaient de contrôler la vie sociale du village, rendre justice, poursuivre ceux qui avaient un mauvais comportement pour qu’ils rentrent dans l’ordre. Ainsi quand un habitant du village se comportait mal, les membres de la confrérie pouvaient entourer sa maison la nuit et/ou le maltraiter jusqu’à il accepte de rentrer dans le droit chemin. La crainte des esprits invisibles matérialisés par les masques et l’anonymat qu’ils conféraient à leur porteurs constituaient un moyen de pression efficace.
Formes, usages, Importances hiérarchiques des masques.
Des masques apparemment semblables peuvent avoir des usages différents.
Les masques, confectionnés en côte d’Ivoire, par les Dan, les Ngéré (ou Géré, ou Kran) et les Wobé, présentent des différences hiérarchiques et fonctionnelles qui ne correspondent pas à des différences visibles extérieures. Pour eux, le masque est un moyen de communication avec le grand dieu Zlan. Cependant, les intermédiaires visés sont les esprits des ancêtres, invoqués à travers le masque. Le pouvoir du masques sur ces derniers dépend du prestige social de son propriétaire, puisqu’il n’a pu atteindre un rang élevé sans leur aide et que sa réussite est la preuve qu’ils lui ont accordé leurs faveurs. Un masque hérité conserve son pouvoir sur les ancêtres. Ainsi plus celui qui l’a possédé était considéré de son vivant, plus grand sera son pouvoir. Le prestige d’un masque est ainsi un caractère acquis qu’on ne peut déduire de l’extérieur, mais seulement à partir de renseignements récoltés sur le terrain.
Les masques Dan peuvent gravir des échelons, généralement à la mort de leur propriétaire, s’il est parvenu de son vivant à une haute position. Inversement, les masques peuvent rétrograder dans la hiérarchie s’ils se révèlent inefficaces ou sont endommagés, car ils doivent être beaux afin de plaire aux ancêtres. Ainsi on jetait autrefois les masques abîmés, maintenant ils sont vendus aux collectionneurs occidentaux.
Toujours chez les Dan, si il n’existe pas de masque pacificateur dans une ville (grand masque à traits d’animaux dotés d’une mâchoire inférieure mobile), on peut promouvoir un masque de rang inférieur.

