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Caractéristiques artistiques des principales régions du Népal

 

La plaine du Téraï et la bande des basses collines au sud du Népal

Logiquement l’art de cette région est imprégné de culture hindoue. De la même façon que pour le nord du Népal l’art est influencé par la culture lamaïque comme on le verra plus loin. Il existe bien une dimension tribale dans la production artistique du nord et du sud du Népal, mais cette dernière est souvent superficielle par rapport aux styles dominants des deux grandes cultures du nord et du sud. La culture tribale n’a produit que des inflexions ou modifications par rapports aux deux styles dominants. C’est dans la zone des collines et des moyennes montagnes que l’on assiste à l’émergence d’un art plus typiquement himalayen avec une emprunte tribale forte.

Même quand ils sont anciens, les masques de cette région sud et tropicale ne possèdent pas une patine noire épaisse et brillante comme dans les collines et moyennes montagnes et hautes montagnes. En effet ces masques ne sont pas gardés à l’intérieur de maisons closes et enfumées par le chauffage pour lutter contre la fraicheur du climat. Les masques sont utilisés  pour s’attirer les faveurs des dieux, célébrer les ancêtres et les légendes.

La zone des collines et des moyennes montagnes.

C’est dans cette région que l’on trouve l’art himalayen le plus original, le plus surprenant. Tirant son inspiration des temps les plus reculés on est en présence d’un art influencé par le chamanisme. Chamanisme dont il reste des traces malgré les vagues de conversion bouddhiste puis hindouiste. Chamanisme qui donne à certains des masques de cette région un air de famille avec ceux des chamans sibériens. Les masques étaient portés lors de séances de guérison, d’ensorcellement et de suppression des ennemis, pour favoriser la chasse d’animaux. Les chamans népalais étaient des sculpteurs talentueux au vu des tambours et des dagues rituelles et d’exorcisme (phurbas) qu’ils ont pu réaliser. Nul doute qu’ils ont pu sculpter aussi certains masques même si on ne peut dire lesquels avec précision, ni le rôle que pouvaient avoir les masques lors des rituels chamaniques. Le chaman est une personne centrale dans le village. Il sait chasser les démons, guérir, favoriser le départ des morts dans l’au-delà, quand porter des masques et pourquoi. Vraisemblablement les masques étaient utilisés lors de rituels d’exorcisme, de prédiction du futur, de protection en invoquant les anciens. Ils pouvaient être sculptés lors des funérailles pour favoriser le passage du mort dans l’au-delà ou encore pour représenter un démon et le rendre pacifique.

Au sein de la zone des collines et moyennes montagnes (Middle Hills), il existe deux grands pôles créatifs :

*A l’est du Népal, notamment dans la sphère des Kirant, les masques d’ancêtres ou de pantomimes sont plutôt bombés et de style plutôt naturalistes, de facture plus raffinée, ils laissant penser qu’ils peuvent être des portraits. Ils ont une épaisse patine noire crouteuse ou lisse.

*A l’ouest du Népal, chez les Khas qui occupent la majeur partie du bassin de la Karnali les masques sont plus plats, souvent en forme de disque ou d’écu, plus rudimentaires, moins réalistes, avec une fantaisie débridée.

Il n’existe pas dans les collines et moyennes montagnes de véritables masques de théâtre comme il en existe dans les zones du Népal proches de l’influence indienne.

La vallée de Katmandou

Située au centre des collines moyennes, la vallée de Katmandou est un point de convergence de nombreuses ethnies et cultures. C’est ici qu’habitent les Néwar, artistes talentueux et ethnie majoritaire de la région. Influences bouddhiste, hindouiste, voire chamaniste se mélangent dans cette vallée. Les festivités et danses hindouistes sont majoritaires. On observe principalement  la fête des vaches pour les morts, la fête d’Indra dieu de la pluie. Au cours de la fête d’Indra dont le rôle est de protéger la culture du riz des aléas climatiques et de la menace des démons (Lakhé) de nombreux spectacles masqués ont lieu.

Les masques des divinités sont de petites tailles soit en métal comme le cuivre et délicatement exécutés, soit en papier mâché avec des couleurs vives qui permettent d’identifier la divinité représentée et des couronnes de têtes de mort ou de fleurs. Les masques de la vallée de Katmandou ne ressemblent pas à ceux que l’on voit dans les autres régions de l’Himalaya et sont différents des masques de l’Inde du Nord et du Tibet. Le masque du démon (Lakhé) est en bois ou en métal. Archaïque, de forme lunaire, il n’est pas facilement différentiable d’autres masques tribaux des collines et moyennes montagnes.

Les hautes montagnes

Les ethnies bouddhistes des hautes montagnes ont subi l’influence du bouddhisme tibétain et mongol mais l’éloignement, accentué par les montagnes, a permis l’éclosion de styles différents selon les différentes régions du Népal et de l’Arunachal Pradesh qui se trouve à l’est du Bhutan.

*Les Botya.

On donne ce nom à divers groupes tribaux principalement bouddhistes, d’origine tibétaine qui se sont établis sur une bande de territoire au nord du Népal. Les Sherpa en font partie. Ils sont assez proches des groupes ethniques des collines et moyennes montagnes que sont les Thakali et les Tamangs. Ces Botya pratiquent, en plus du lamaïsme, une forme de religion tribale chamanique proche des Kiran. Le chamanisme ancien tibétain et celui des tribus des collines et moyennes montagnes du Népal sont issus de la même origine.

*Les Sherpa à l’est près de l’Everest.

Les cérémonies qui ont lieu au début de l’hiver sont l’occasion de spectacles grandioses et hilarants au cours desquels la constitution de la doctrine bouddhiste est célébrée (lutte entre les différentes chapelles bouddhistes et lutte contre l’animisme). Les sectes et religions rivales sont tournées en dérision par des clowns affublés de masques de bouffons.

*Les Nyingba à l’ouest du Népal.

Lors du festival du printemps de grandes fêtes sont organisées dans les villages. Le déroulement de ces fêtes peut varier d’un village à l’autre. C’est l’occasion d’un défoulement populaire au cours desquels la religion et les institutions ne sont pas épargnées par les critiques. On assiste à des spectacles racontant la lutte du bien et du mal qui se terminent par la victoire des divinités bouddhiques. Les masques sont de qualités inégales et peuvent différer d’un village à l’autre.

*L’Arunachal Pradesh.

Ce territoire dépendait de Lassa jusqu’à l’invasion du Tibet par la Chine, date à laquelle il fut rattaché à l’Inde. Il est peuplé par des ethnies bouddhistes, les Monpa et les Sherdukpen. Ces tribus ont réalisé majoritairement dans le passé de magnifiques masques, parfaitement ciselés, à la finition très soignée. Ces masques sont en bois et non en papier mâché comme la plupart des masques tibétains. Au cours des spectacles très élaborés apparaissent des masques de dieux, de princesses, de rois, de ministres, de femmes, de prêtres, de bouffons, de monstres, d’animaux divers…qui narrent les légendes locales. Il existe aussi une production de quelques masques plus grossiers et primitifs.

Les masques peuvent être exposés comme des tableaux, participer à des danses monastiques, être utilisés au cours de fêtes villageoise ou saisonnières. Enfin ils peuvent être utilisés dans un contexte privé c'est-à-dire domestique.

Les masques de cette région se caractérisent souvent par un système d’attache des cordelettes de maintient à trois endroits, à hauteur des oreilles et sous le menton.