Yoruba , Objet d'art de l'ethnie Yoruba - Art-africain.fr
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Yoruba

Les statues Ibeji sont très répandues chez les Yoruba. Leur forme la plus fréquente consiste en de petites statues d’une 20aine de centimètres, debout sur un socle rond et les mains posées sur les hanches.

Il existe un nombre de masques très élevé de la communauté Gelede. Les masques Yoruba féminins (toujours portés par des hommes) évoquent la femme, le calme, la patience et la persévérance. Les masques Yoruba masculins montrent la virilité et l’action.

La société Epa chez les Yoruba a une fonction judiciaire et politique et se trouve principalement au nord-est du pays Yoruba. L’epa est un culte des héros. La danse est lente et pondérée du fait du poids des masques (10kg en général, parfois 30) et pour traduire une impression de puissance.

Les Yorubas forment la population la plus importante du Nigéria vivent au sud-ouest du Nigéria avec une avancée au Dahomey et au Togo. Ils sont patrilinéaires. Religion et royauté divine ont permis d’imposer l’ordre (au niveau politique, de la sécurité militaire et des règles sanitaires) et l’ont maintenu grâce à la discipline.

Organisation sociale et économie chez les Yorubas

Le roi Yoruba régnait secondé par le conseil des anciens oyo mesi. Il doit se soumettre à une série d’interdits sexuels, alimentaires, culturels. Il ne peut paraître en public sans avoir le visage voilé. Ses pieds ne peuvent toucher le sol qu’il rendrait stérile. Sa voix feutrée, inintelligible pour les hommes du peuple est interprétée par le dignitaire Basorum.

Le conseil des anciens des Yoruba est contrôlé par la société ogboni, dont les chefs religieux s’adressent à la déesse terre. La société joue aussi un rôle judiciaire car tout sang versé sur la terre demande réparation et sacrifice.

Les Yorubas ont comme ville sainte Ife, fondée par Odudawa, où serait l’origine du monde et à partir de laquelle ont été fondés de nombreux royaumes. Les Yorubas vivaient autrefois dans des cités états, Ife fut la première. Chacune de ces cités états avait développé sa spécificité et s’est trouvée en concurrence avec sa voisine. La fondation d’une nouvelle cité-Etat était souvent due à une trop grande prospérité d’une autre qui se scindait, ou à un conflit de lignage.

Ces cités états Yoruba comprenaient des commerçants, des artisans et des agriculteurs. Ces derniers cultivaient les champs situés dans les environs. Le chef et les dignitaires accordaient leur protection aux gens de métiers : sculpteurs, forgerons, brodeurs de perles…qui travaillaient pour la gloire des dieux et la souveraineté de l’état.

Les deux tiers des Yoruba sont des agriculteurs. Même quand ils vivent en ville, ils gardent une hutte près de leurs champs et y cultivent le cacao, les ignames et le maïs. Les citadins Yoruba sont des commerçants et des artisans dans le secteur de la métallurgie (forgerons, fondeurs, graveurs sur cuivre), sculpteurs sur bois (autrefois sur ivoire), la confection de vêtements et de broderies. L’apprentissage se fait d’une génération à l’autre, mais plus généralement dans des ateliers sous la direction d’un maître lorsqu’il s’agit d’artisanat d’art (sculpture). Les sculpteurs Yoruba ont des ateliers où les apprentis apprennent les techniques du maître et ses préférences stylistiques.

Les Dieux Yoruba

Les dieux Yoruba sont très nombreux. Les légendes du panthéon des dieux Yoruba n’ont rien à envier à celles des dieux grecs de L’Olympe:

  • Le dieu créateur Yoruba Oludumare (Olodumare a trois esprits: Olodumare Nzame, Olofin et Baba Nkwa. Olofin étant le soleil). Oludumare règne sur environ 400 orisha, divinités secondaires ou esprits de la nature qui habitent dans des lieux variés (rochers, arbres, rivières). A chacun un culte est rendu. Ces esprits sont la cause des évènements malheureux et doivent être honorés périodiquement au cours de grandes fêtes. Olodumare est le souverain suprême et lointain, son assistant est Orunmila (dieu de la sagesse et de la divination). Aucun culte n’est rendu directement à Oludumare, comme souvent en Afrique noire, mais on s’adresse aux dieux mineurs, intermédiaires entre les humains et le dieu céleste inaccessible Oludumare.

Pour connaître les raisons du courroux des orisha on fait appel à la divination auprès du  dieu Orunmila qui a assisté à la création de la terre par Oludumare. Les maux entrainés par un manquement aux rites sont éradiqués par l’intervention de guérisseurs qui sont autant devins que médecins.

Les guérisseurs Yoruba jouent un rôle important contre les sorciers. Leur dieu Osanyin est un dieu secret qui guérit grâce à la réflexion et la science des herbes. Ses prêtres ont un rang élevé dans la hiérarchie Yoruba.

  • Ogun, dieu du fer et de la guerre, est celui des forgerons, des sculpteurs et des guerriers. Dans son sanctuaire où l’on trouve des couteaux, des cloches et des miroirs, il est représenté par des fers forgés en forme de lances ou de flêches.
  • Eshu est le messager des dieux, c’est le maître des carrefours, des marchés, du portail de la maison et des ouvertures du corps humain. Eshu est bon et mauvais à la fois car il punit et il récompense. Il sème la discorde parmi les dieux, il est fauteur de troubles parmi les hommes et cause les disputes entre amis par des tours de malices. Il est toujours évoqué le premier, dans les rituels, car il intervient auprès des dieux dont il est le messager.
  • Shango, le dieu Yoruba le plus connu, est le dieu du tonnerre et de l’éclair est honoré au Nigéria et au Dahomey. Il est représenté par une statue Yoruba très connue, surmontée d’une double hache sur la tête et vêtu avec les vêtements du prêtre du tonnerre. Shango est à la fois craint dans le contexte de la justice et de la magie et vénéré car ses manifestations apportent les pluies bienfaisantes pour les cultures. C’est aussi l’orisha de la sexualité forte. (par opposition à la sexualité stérile des enfants et des vieillards représentée par Eshu). Lors du festival annuel de Shango, tous les foyers sont éteints, puis rallumés avec un flambeau du feu sacré dans le sanctuaire. Shango est assimilé au feu céleste (que l(eau du ciel ne peut éteindre, au cuivre, à la fertilité et s’oppose à Ogun, le feu terrestre, celui de la forge. L’autel de Shango est constitué d’un mortier retourné au sommet duquel un plat de bois contient des haches néolitiques, attributs du dieu du tonnerre et qui ont un tranchant double. Il en découle les statues « Oshe shango » portant sur leur tête une hache double et la plupart du temps étant des femmes pour symboliser la fertilité.
  • Ifa est l’orisha qui préside à la divination et qui appartient au monde de la forêt. Pour les actes de divination on utilise un plateau d’Ifa, rond, semi circulaire ou rectangulaire. Ce plateau est toujours décoré avec le masque d’Eshu (médiateur des dieux et médiateur entre les dieux et les hommes). Figure aussi sur le plateau la double hache de Shango qui personnifie l’ordre. Ifa reflète un monde idéal, d’équilibre où l’être humain est réconcilié avec la nature et les Dieux. La couleur d’Ifa est le vert. Le devin se sert du plateau, d’un maillet et de noix de palmes souvent contenus dans des boites, parfois très élaborées et munies d’un couvercle.
  • Osanyin donne la santé physique et mentale, il est le magicien des dieux. Il est le maître des feuilles qui rentrent dans la composition de la magie blanche et la magie noire. Il est aussi en relation avec Eshu. Les fers Yorubas surmontés d’un oiseau sont lié à son culte et ont plusieurs fonctions. Quand il est situé à la porte de la maison du devin, il signifie la présence du dieu et sert d’instrument de protection contre les mauvais esprits. Quand on le secoue lors d’une prière, il renforce son efficacité, l’oiseau étant le messager de Osanyin.

La place des jumeaux (Ibeji) chez les Yoruba

Les statuettes Yoruba Ibeji sont très répandues chez les Yoruba. Leur forme la plus fréquente consiste en de petites statuettes d’une 20aine de centimètres, debout sur un socle rond et les mains posées sur les hanches. Dans le sud-ouest du pays Yoruba on voit des Ibeji sans base, avec les bras ballants et des vêtements.

Après la naissance des jumeaux, les parents vont voir le devin d’Ifa pour comprendre quels sont les souhaits des jumeaux. Ce peut être que la mère aille danser sur les marchés pour récolter des aumônes ou vendre des haricots ou de l’huile de palme…

Si un des jumeaux Yoruba meurt dés sa prime enfance, on lui sculpte une statue Ibeji. Dans certaines régions les parents vont voir le devin d’Ifa avant de faire sculpter le jumeau défunt, dans d’autres la mère s’adresse directement au sculpteur en lui précisant le sexe du défunt et le lignage auquel il appartient. Si les deux jumeaux meurent on leur fait sculpter deux statues. Quand un jumeau Yoruba mourrait la statuette Ibeji du défunt faisait l’objet des mêmes soins que celle du jumeau vivant.

Parfois, le sculpteur lave la statue Yoruba dans une solution de haricot et l’enduit d’huile de palme pour augmenter son efficacité. Couramment, la mère frotte le corps de la ou des statuettes avec du bois de cam de couleur ocrée (ou d’un mélange d’huile de palme) et la coiffure avec de l’indigo. Récemment l’indigo a été remplacé à cause de son prix par du bleu de lessive venant d’Europe. La bouche de l’ibeji peut être frottée avec des haricots. Dans certaines régions on applique de l’argile blanche sur le visage en plus de ces deux couleurs. Ce sont ces traitements qui donnent souvent aux ibeji une belle patine. Parfois on ajoute sur les statues des bracelets, des perles, des cauris. Les cauris symbolisent la richesse. Parfois les statuettes Yoruba sont vêtues de chapeaux et de robes. Périodiquement, la mère lave les ibeji, les recouvre de cosmétiques et les nourrit aux périodes auxquelles les ibéji doivent être honorés

Dans certaines régions, les jumeaux sont considérés comme étant  les enfants du dieu du tonnerre. Comme dans beaucoup de pays africains, les jumeaux Yoruba sont à la fois crains ou porteurs de chance si les devoirs rituels ont été remplis avec satisfaction. Pour empêcher les causes de troubles qui pourraient être occasionnées par des jumeaux, la mère doit suivre les rituels. Elle ne doit pas oublier d’emporter les Ibeji avec elle si elle continue de danser et faire l’aumône pour eux. Une fête annuelle importante est célébrée pour ces enfants. Les mères concernées dansent et chantent contre un peu d’argent dont la part doit être égale pour chacun des deux enfants). Les Ibeji sont placés sur l’autel familial des jumeaux ou dans un récipient qui se trouve dans la chambre à coucher de la mère.

Les sociétés secrètes chez les Yoruba

Des sociétés plus ou moins secrètes ont leurs propres cérémonies et exercent divers pouvoirs :

  • La société egbe, masculine, renforce les liens sociaux
  • La société esusu est constituée des notables fortunés.
  • La société gélédé a comme objectifs de favoriser la prospérité du village et de lutter contre la sorcellerie. Les danses sont dédiées à la fertilité de l’agriculture et la fécondité des humains. Le culte Guelede est dédié aux mères. Sa fonction principale est la confrontation avec les dieux, tant favorables que néfastes, pour obtenir des effets positifs. Les forces maléfiques pouvant être positivement impressionnées par un beau spectacle. Le festival Guelede a cours au printemps. La fête commence par l’arrivée de masques portés par des enfants. Ensuite apparaissent les adultes masqués. les spectateurs sont plus critiques sur la qualité des danses. Le groupe des danseurs est dirigé par un maître qui décide des mouvements et du rythme. Tout le spectacle doit évoquer la puissance, la beauté, l’humour et l’orgueil. Les danses sont féminines ou masculines selon qu’elles sont élégantes et mesurées ou puissantes et pleines de vitalité. Il existe un nombre de masques très élevé de la communauté Gelede. Les masques féminins (toujours portés par des hommes) évoquent la femme, le calme, la patience et la persévérance. Les masques masculins montrent la virilité et l’action. La danse sert à signifier les places respectives occupées par l’homme et la femme chez les Yoruba. Lors des funérailles d’un membre du Gelede, des masques se produisent et un masque peut être sculpté en l’honneur du défunt. Le masque Guelede est un heaume hémisphérique polychrome avec un visage harmonieux et souvent des scarifications. Il est surmonté d’une coiffure à la fois originale et pleine de sens.
  • La société obgoni, qui réunit les notables du village, dirige la vie politique dans chaque village Yoruba. Chaque initié possède un tambour sculpté (agba), ils sont battus tous les 17 jours pour annoncer les réunions des membres. Lors des sacrifices offerts à la déesse de la terre Onile, du sang est frotté sur leurs parois. On les emploie aussi lors des funérailles d’un membre et la condamnation d’un criminel. Chaque initié possède aussi une paire d’edan* (il s’agit d’une figure masculine et d’une figure masculine unie par une chaine et symbolisant l’union du ciel et de la terre. Ils sont fabriqués en laiton à la cire perdue. Les edan en laiton sont liés au culte d’Ogun, le dieu de la guerre et du fer, car la société obgoni a non seulement une importance politique, mais aussi un rôle judiciaire. Elle est aussi liée au culte de la terre et veille à l’ordre social et moral. Enfin une grande variété de figures aux lignes sévères suggère la vigilance des membres de la société obgoni vis-à-vis de la moral à laquelle personne, roi inclus, ne peut échapper.
  • Dans certaines villes, la société oro est chargée de l’exécution des jugements prononcés par les obgoni. Les masques oro portent deux cornes droites.
  • La société Epa a une fonction judiciaire et politique et se trouve principalement au nord-est du pays Yoruba. L’epa est un culte des héros. La danse est lente et pondérée du fait du poids des masques (10kg en général, parfois 30) et pour traduire une impression de puissance. Il a lieu tous les deux ans en mars et dure 4  jours. Les masques atteignent parfois 1,50 m de haut et possèdent à leur base une tête de janus, aux traits grotesques,  surmonté d’un disque qui porte une statuaire abondante constituée de figures humaines plus naturalistes et d’animaux superposés (crocodiles ou hippopotames). Avant le festival, durant 7 jours, les femmes lavent et repeignent les masques. Les pigments traditionnels rouge, blanc, ocre et noir sont utilisés aussi bien que des couleurs d’origine européenne. Ce festival est donné en l’honneur d’Okotorojo archétype du grand guerrier mais aussi à l’époque des moissons de l’igname et enfin en l’honneur d’Ogun le dieu de la guerre.

 

(*) Les Edan : Lors de la fabrication des Edan, le fondeur fait appel à la divination d’Ifa pour savoir si son œuvre est acceptée par les esprits. A la tombé du jour (Les Edan ne peuvent être mis au soleil), les Edan nouvellement fabriqués sont présentés au prêtre de la société Obgoni, qui vérifie qu’ils ont bien été réalisé selon la tradition et qu’ils peuvent être du coup donné au nouvel initié. Les Edan ne peuvent être touchés par un non initié ou par une femme enceinte ou qui a ses règles.

Les Edan ont 5 fonctions :

-        Une fonction judiciaire pour faire avouer une faute à une personne supposée coupable,

-        Un rôle d’oracle qui peut inciter son possesseur à faire des sacrifices pour allonger sa durée de vie.

-        Une fonction médicale, servant à prendre des remèdes. Certains Edan ont une forme de cuillère.

-        Une fonction de protection

-        Une fonction de surveillance, Les Edan peuvent surveiller le comportement d’autrui

 

Les sociétés et les cultes se célèbrent encore aujourd’hui lors de nombreuses fêtes masquées, pendant lesquelles masques, costumes de fibres et d’étoffes, danses et musique sont indissociables.

La fête de magbo-ekine honore les esprits de l’eau. Parmi les masques on trouve l’oiseau (igdo) , l’antilope (agira), le crocodile (oni).

Sculptures et sculpteurs chez les Yoruba

La tradition de la sculpture est très importante mais les chefs d’œuvres sont rares. On distingue plusieurs styles :

  • Celui des  régions côtières, plus proche du Bénin, avec les yeux en amende, les mains à angle droit avec le corps

A l’inverse

  • Au nord, les yeux sont exorbités, la coiffure allongée et les épaules et les bras forment un arc qui s’accroche directement au cylindre du torse.

Le métier de sculpteur s’hérite de père en fils. L’apprentissage se fait chez le père. L’élève apprend à copier les statuettes, puis, s’il a du talent et de l’inspiration, un style personnel se dégage peu à peu dans ses œuvres. L’esthétique Yoruba est réaliste. Ils se plaisent à reconnaître quelqu’un dans une œuvre figurative. La qualité principale est portée sur l’éphébisme, les corps et les visages respirent la jeunesse, les formes sont lisses arrondies et douces. On trouve l’équilibre dans la symétrie. Quand il y a asymétrie ou distorsion, c’est que le sculpteur a voulu représenter un étranger ou un barbare, un criminel, un ennemi ou un bouffon.

Parmi les couleurs traditionnelles rouge, noir, blanc et indigo, le rouge est réservé au dieu du tonnerre Shango. L’indigo est réservé pour les objets qui traduisent une impression d’équilibre et de froideur. Le bleu est associé à l’eau et à la lumière.

L’art Yoruba est aussi présent dans la sculpture de portes en bois décorées de bas reliefs et de poteaux sculptés de figures et de motifs géométriques qui décorent les cours des palais, les maisons des notables et les lieux sacrés.

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