Kongo , Objet d'art de l'ethnie Kongo - Art-africain.fr
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Kongo

L’ensemble des ethnies du royaume Kongo ont sculpté les mêmes thèmes : maternité, rois assis, objets de prestige, fétiches à clous…

Les Kongo sont réputés au niveau de leur production d’art africain pour les statues Kongo africaines magiques nommées Nkissi, les statues Kongo à clous appelées n’kondi, mais aussi pour des sculptures funéraires, des statues de maternités. Ils ont aussi produit des masques, des objets divers.

Les masques Kongo peuvent être masculin ou féminin et sont utilisés par le devin nganga. Généralement ils sont recouverts d’argile blanche symbolisant les esprits des morts et la sculpture est naturaliste

Les Vili ont le même type de sculptures que les Kongo.

Notre objectif est de vous faire découvrir le rôle tenu par ces masques Kongo et statues Kongo à travers l’étude des croyances, modes de vies de ces ethnies.

Les sculptures Kongo

L’ensemble des ethnies du royaume Kongo ont sculpté les mêmes thèmes : maternité, rois assis, objets de prestige, fétiches à clous…

Les statues de femme Kongo:

-        La mère est le plus souvent assise, les jambes en tailleur (cette position traduirait une attitude respectueuse et c’est ainsi que les personnes importantes sont reçues ou reçoivent, ou encore que la femme du chef est enterrée).

-        La mère peut être debout avec son enfant dans le dos, dans les bras, sur la hanche, sur les épaules.

-        La mère peut être agenouillée (position de respect), l’enfant posé sur les cuisses, dans les bras, assis sur la hanche ou debout à côté.

-        La mère peut être assise sur un siège, l’enfant posé sur les cuisses ou fixé dans le dos.

Elle ne regarde pas l’enfant. Le visage est réaliste. Les yeux ouverts sont un morceau de verre sur lequel la pupille est peinte ou ils peuvent être réalisés en faïence avec la pupille peinte ou percée. La mère a la bouche ouverte avec les dents portant les mutilations classiques (les incisives laissent apparaître un espace rectangulaire ou sont taillées). Des tatouages peuvent apparaître sur le corps, ils ont un sens érotique et/ou sont symbole de fécondité. La patine est lisse. La coiffure peut rappeler le bonnet du chef réalisé en fibre d’ananas ou avoir une forme pointue ou ronde. La mère peut porter des parures : anneaux aux poignets et chevilles, collier de chef avec des dents de léopard. Chez les Yombe, on peut voir un cordon au dessus des seins. La mère peut être nue ou vêtue d’un pagne.

L’enfant est souvent allongé sur les genoux de sa mère, souvent elle l’allaite. Quand la mère est debout ou agenouillée, l’enfant peut être debout à côté d’elle, sur son dos, à cheval sur une hanche ou les épaules.

Les sculptures funéraires Kongo

Les sculptures funéraires Kongo sont souvent allégoriques. Elles représentent la personne décédée avec des attributs symbolisant sa profession (exemple représenter un homme avec un tambour pour un joueur de tambour). Elles ont  pour fonctions de permettre de se remémorer du défunt mais aussi de bien disposer son esprit. Dans ce but, des libations de vins de palme sont faites sur sa tombe et parfois sur la statue du défunt. Au défunt sont aussi donnés du sang de poule ou de chèvre et de la nourriture. Ces statues sont généralement en bois léger, avec des couleurs noir, rouge et blanc.

Les masques Kongo

Les masques peuvent être masculin ou féminin et sont utilisés par le devin nganga. Généralement ils sont recouverts d’argile blanche symbolisant les esprits des morts et la sculpture est naturaliste. Les masques de femmes portent les mutilations traditionnelles des dents : dégageant entre les incisives un espace rectangulaire ou taillées en pointes. Les masques étaient portés pendant les cérémonies d’initiation et durant les funérailles des personnalités les plus importantes. Ils avaient en plus un rôle judiciaire. Les masques Yombe présentent des traits réalistes tels que des oreilles délicatement sculptées et des dents en pointes. Les masques woyo sont souvent recouverts de pigments formant un décor géométrique.

Les statues magiques Kongo

Les statues magiques s’appellent nkisi et n’ont de valeur que si elles sont consacrées par le devin (nganga) qui leur ajoute des produits divers magiques (feuilles d’arbres sacrés, terre de cimetière…) contenus dans des pates résineuses dures collées sur la statue. La matière obtenue est parfois recouverte d’un miroir, voire contenue dans un cylindre fixé sur la statue et obturé par un miroir.

Pour avoir de l’efficacité, il faut que les requêtes adressées à la statue soient accompagnées de prières et de sacrifices. La statue pouvant être en même temps recouverte de traits rouges et d’argile blanche, cette dernière couleur étant celle des morts et permettant de voir les sorciers. D’autres accessoires peuvent être ajoutés comme les coquillages qui symbolisent l’arc en ciel Mbumba, des cauris (coquillages) symboles de fécondité, des cornes d’antilope rappelant l’animal mythique.

La statue obtient sa fonction grâce à  la consécration du devin. Le sculpteur ne connaît pas le rôle que l’on va affecter à la statue qu’il a exécuté. En conséquence il n’est pas possible de déterminer la fonction exacte de la statue d’après son aspect physique.

Les statues magiques peuvent servir à protéger le village, assurer la victoire au guerrier, permettre au chasseur des chasses fructueuses, identifier les voleurs et les sorciers, protéger la grossesse et l’enfant à naître, rappeler que les interdits soient observés et éviter une incartade, calmer les mésententes, éviter les pluies diluviennes, réconcilier les ennemis….

Les statues à clous s’appellent n’kondi. Elles ont l’aspect d’un personnage en bois, souvent de taille importante. Les yeux sont marqués d’une pièce de métal, de mica, de verre ou de coquillage et donnent à la statue un regard lointain et inquiétant. La couleur est souvent rouge car cette couleur symbolise le rôle de médiateur des défunts. Ils ont une fonction de justicier. Dans cette optique ils sont souvent sculptés avec une main menaçante tenant un couteau ou une lance. Elles poursuivent le sorcier ou le coupable. Les n’kondi sont d’autant plus puissants que leur consécration a été accompagnée d’un sacrifice humain. Si le n’kondi est utilisé par un sorcier, il peut avoir une fonction néfaste.

Les clous du n’kondi peuvent avoir plusieurs fonctions :

-        Rappeler au n’kondi une requête qui lui a été faite.

-        Pousser l’esprit à se venger d’un ennemi responsable du mal dont on souffre. Le couteau ou la lance brandis corroborent cette fonction de vengeance.

-        Sceller un accord

-        Détruire un ennemi ou un sorcier

-        Faire recouvrer la santé 

Les clous, vis, ou pointes de fer, symbolisant une demande, un problème, sont léchées avant d’être introduits dans le n’kondi.

Les n’kondi peuvent aussi avoir l’aspect d’un animal (parfois un chien) à une ou deux têtes. Le chien est réputé pouvoir repérer les esprits de la nuit et les personnes malfaisantes. Le côté janus est sensé doublé les capacités visionnaires de l’animal.

Les figures d’ancêtres Kongo

Destinées à être honorées dans les maisons, elles sont sculptées dans des essences de bois rares. Elles sont la représentation du défunt que l’on souhaite consulter dans les occasions importantes. Elles sont l’objet d’un culte régulier en étant enduites d’huile de palme, parfois mélangée avec de la sciure rouge ou des crachats de noix de Kola mâchées. Ces traitements créent d’une patine brillante ou légèrement crouteuse.

Autres objets divers Kongo

On remarque notamment :

-        Des sifflets en corne d’antilope utilisés avant la chasse pour qu’elle soit fructueuse

-        Des sifflets  peuvent être utilisés par le devin pour attirer l’attention des esprits par exemple quand il soigne un malade ou encore pour appeler ou repousser la pluie. Ces sifflets sont décorés de petites statues miniatures.

-        La cloche en bois avec un battant en fer ou en bois sert à attirer comme le sifflet les esprits des ancêtres. Si c’est le devin qui l’utilise, elle peut servir à chasser les sorciers

-        Le tambour à fente servait à avertir les non initiés qu’ils ne s’approchent pas .

-        La trompe en ivoire du chef était utilisée dans de grandes occasions, pour des guerres, des alliances, des funérailles ou mariages de notables…

-        Les sceptres et cannes de chef sont souvent décorés d’une statue de femme pour rappeler le caractère matrilinéaire de la société

Histoire et géographie du royaume Kongo

L’ancien royaume de Kongo s’étendait sur les états côtiers d’Afrique centrale, soit l’embouchure du Congo et le nord ouest de l’Angola. Outre une langue commune avec des variantes sous formes de dialectes régionaux, la cohésion de l’ensemble repose sur un système social, lignager et clanique proche de celui des autres Bantou. Il est fondé sur la femme et lui confère un statut sacré car elle transmet la vie et légitime l’appartenance lignagère, permettant ainsi la formation d’une généalogie et garantissant l’exercice du pouvoir. Selon un proverbe « seule la mère connaît le père de son enfant ».

Une 15aine de sous-groupes ethniques prétendent descendre de ce royaume :

  • les Solongo, Woyo, Yombe, Vili, le long des côtes du nord au sud,
  • Les Manianga, Kongo du bas Kongo, Ndibu vers le Pool Malébo (lac traversé par le fleuve Congo, dont l’issue aval est proche de Kinshasa et Brazzaville)
  • les Sûndi, Lâri, Ntandu au nord de ce territoire
  • Les Hângala, Beembé, Dôndo, Kamba, Kuni (Kunyi)

Le nom du groupe viendrait  de « ku ngo » : « pays des panthères », animal totémique de nombreux clans, symbole de force, de courage et de pouvoir.

L’origine de ce royaume serait liée à la création de la chefferie de Mbanza Kongo, à la fois ville et capitale du royaume Kongo, d’où seraient parties plusieurs vagues d’infiltration, sous forme de colonisation larvée pour aboutir à un royaume de 6 provinces.

Le royaume Kongo était structuré de la manière suivante :

  • Les villages, dirigés par un lignage matrilinéaire
  • Des districts, dirigés par des fonctionnaires nommés par le roi
  • 6  provinces sous la responsabilité de gouverneurs, aussi conseillers du roi, choisis par le roi, mais qui bénéficient en réalité d’une certaine autonomie.

Le roi Kongo était nommé par une assemblée formée par l’aristocratie appelée conseil des gouverneurs. Il détient les pouvoirs religieux et judiciaires, politique, économique. Sa personne physique est sacrée. Il décide de la guerre, gère le commerce avec les pays étrangers, reçoit les impôts payés par ses vassaux. Quand il rend la justice, le roi Kongo  est assis sur une peau de léopard, porte un collier de  dents , un chapeau, un bâton de commandement et un éventail. Religieusement le roi Kongo est aussi puissant que la statue nkisi, il suffit de le toucher pour guérir. Le roi est le seul à entrer en contact avec les morts au cours des jugements où sont tués les criminels et les ennemis de l’état.

Dés 1482, des échanges furent établis avec les Portugais. Le royaume du Kongo devait exister depuis au moins 1 siècle. Des missionnaires vinrent au Kongo et des aristocrates partirent se former au Portugal. A la fin du 15ème siècle le roi du Kongo est chrétien mais le peuple garde ses croyances traditionnelles. La fin du 16ème siècle voit l’affaiblissement du royaume Kongo sous les coups de pillards appelés « Jaga ». Au 17ème siècle, le royaume Kongo se désagrège et les provinces ne reconnaissent plus l’autorité centrale et deviennent des chefferies indépendantes.

Les croyances des Kongo et les rites d’initiations :

Les Kongo croient que le ciel et la terre s’opposent tout comme la terre et l’eau. Le maître du ciel est Pulu Bunzi et les génies de la terre nkisi s’opposent à lui. Les esprits de l’eau se nomment bisimbi. L’arc en ciel nommé Mbumba est le maître des eaux terrestres, c’est un grand serpent qui retient les eaux envoyées par le ciel et qui commande la pluie.

Mbumba est le maître de l’initiation masculine et féminine :

  • L’initiation masculine Khimba se déroule entre 10 et 18 ans. L’objectif est d’apprendre tout ce qu’il faut savoir pour s’intégrer dans la société Kongo et d’acquérir les connaissances religieuses. Les enseignants sont des prêtres, des guerriers, chasseurs, danseurs.
  • L’initiation féminine Tshikumbi permet à la jeune fille Kongo d’apprendre les règles de vie notamment alimentaires, sexuelles… et les connaissances sociales, religieuses et magiques pour être prête au mariage.

La hiérarchisation de la société Kongo:

Le chef ou mfumu n’est consacré que s’il possède la corbeille sacrée de son prédécesseur. Cette boite en écorce contient les reliques des ancêtres disposées dans des cornes d’antilopes (poils, morceaux de peau, ongles…). Pour rendre hommage à ses ancêtres, le chef Kongo doit sortir les cornes et les asperger de sang d’une poule blanche ou d’antilope. Les symboles d’investiture du chef que l’on peut retrouver dans la statuaire sont :

-        Un chasse mouche fabriqué avec une queue de buffle fixée sur un manche sculpté la plupart du temps,

-        Des bracelets de fer

-        Un collier de perles bleues et rouges et un autre de dents de rongeur ou de carnassier,

-        Un bonnet fait avec des fibres d’ananas orné parfois de griffes de léopard

-        Une cloche de fer que l’on frappe quand le chef bois dans les grandes occasions.

Le rôle principal de la femme du chef consiste à donner la paix des ancêtres.

Le prêtre ou nganga qui est aussi devin. Il s’occupe des cultes et sait amadouer ou fâcher les forces invisibles.

Le guérisseur soigne par les plantes et par magie.

Le forgeron forge  les bracelets de fer du chef et qui prélève les reliques sur les corps des chefs décédés.

Les chasseurs et anciennement les guerriers.

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