Dogon , Objet d'art de l'ethnie Dogon - Art-africain.fr
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Dogon

Les statues Dogon sont conservées dans la pénombre des sanctuaires et des maisons de famille Dogon. Les objets sont destinés à être touchés, plutôt qu’à être vus. Il leur est fait occasionnellement des offrandes et sacrifices. Les statues Dogon sont exécutées par un forgeron qui, si il a du talent, peut réaliser des œuvres d’art. Les masques Dogon sont sculptés par des non spécialistes à l’écart du village et au cours d’un rituel.

Le style Dogon a évolué vers une forme de cubisme avec des têtes ovoïdes, épaules carrées, membres fins, seins pointus, avant-bras et cuisses sur un plan parallèle, coiffures stylisées par 3 ou 4 lignes incisées. Les statues Dogon expriment particulièrement des valeurs religieuses et des sentiments. Elles servent de support à l’initiation et à l’explication du monde.

 

Les Dogon habitent le sud du Mali qui se compose d’une plaine, d’un plateau et surtout une falaise, celle de Bandiagara, longue de 260 km et qui surplombe la plaine. Les Dogon cultivent le millet, le sorgho, le fonio, le riz et le blé à l’orée des falaises en fonction des rares points d’eau. Les Dogon ne ne sont pas les premiers habitants du pays. Les Dogon disent venir du Mande ou ancien empire du mali pour échapper à l’islamisation. Ils ont sans doute commencé leur migration entre les 10ème et 13ème siècles et chassèrent les Tellem des falaises. Le souvenir des Tellem est conservé dans les falaises en des greniers où ils enterraient leurs morts et en des sanctuaires dans des cavités rocheuses où fut trouvée une statuaire.

Les masques Dogon.

Les masques sont sculptés par des non spécialistes à l’écart du village et au cours d’un rituel. Les statues sont exécutées par un forgeron qui, si il a du talent, peut réaliser des œuvres d’art dans sa maison situé dans un quartier réservé à ces professionnels qui travaillent sous les yeux de la population. La qualité dépend aussi de la richesse de la personne qui passe la commande.

L’histoire du masque gomintogo (cervidé) est représentative de l’origine de tous les masques dogon. Le but recherché est de donner un support matériel à la force vitale de tout être, animal ou humain décédé, afin d’éviter que la force vitale de la victime erre et se venge sur les êtres vivants. Ainsi récupérée dans le masque et objet de culte, la force vitale (nyama) peut être récupérée au bénéfice des vivants.

Le gomintogo est un cervidé à ramure palmée. Le premier masque fut sculpté après qu'un cultivateur eu tué ce cervidé car il avait dévasté ses champs et mangé la récolte. Le cultivateur coupa la tête du cervidé et l'encastra dans son autel de chasseur pour se mettre à l'abri de l'esprit du cerf. Ceci étant fait le fils du cultivateur tomba malade et les devins conseillèrent la sculpture d'un masque à l'effigie du gomintogo qui devint objet de culte et de sacrifices. L'objectif étant de donner un support matériel à la force vitale du cerf pour éviter qu'elle erre et se venge sur les vivants.

La statuaire Dogon

La statuaire Dogon est conservée dans la pénombre des sanctuaires et des maisons de famille. Les objets sont destinés à être touchés, plutôt qu’à être vus. Il leur est fait occasionnellement des offrandes et sacrifices.

Dans l’art de cette région du Mali, il ne faut pas oublier de distinguer les œuvres réalisées par les Tellem, prédécesseurs des Dogon aux 11ème et 12ème siècles.

Le motif principal des statues est celle du Nommo sacrifié. Les statues sont réalisées dans un bois considéré comme dur et puissant. Elles mettent en relation des épisodes de la vie du Nommo avec Amma.

Les significations de ces différentes représentations sont notamment les suivantes :

  • Si la statue a un seul bras levé, elle symbolise Le Nommo en relation avec Amma avant son sacrifice, mais aussi son rôle d’organisateur du monde. Parfois il est hermaphrodite car Nommo est bisexué.
  • Quand les deux bras sont levés mais séparés, Nommo prie Amma de le garder auprès de lui après sa résurrection.
  • Si les deux bras sont levés et les mains jointes, Nommo prie Amma de se monter à lui et de le protéger.
  • Quand les deux bras sont levés, mains jointes et paumes tournées vers le ciel, Nommo implore pour que la pluie tombe.
  • Quand les deux bras sont allongés le long du torse, cette attitude symbolise la descente du Nommo sur la terre.
  • Les deux bras écartés du corps paumes en avant, le Nommo montre son rôle de gardien de l’espace.
  • Si le Nommo a les deux mains posées à plat sur ses cuisses, cela signifie que Nommo se repose sur Amma.

Sur ces différentes représentations, le visage est souvent lisse, cela signifie que le monde doit être propre et organisé comme un visage rasé.

La figure d’une statue d’homme est composée des traits essentiels de la sculpture Dogon et traduit la monumentalité obtenue par l’utilisation de volumes sévères avec une physionomie réduite à l’essentiel, sans détails superflus, troublant le visage grave du personnage avec un long nez muni d’une extrémité triangulaire.

Un couple d’ancêtres primordiaux, assis côte à côte montre les mêmes caractéristiques. Les visages sont sévères. La rigidité du couple est seulement animé par le geste non dénué de tendresse par lequel l’homme passe son bras sur les épaules de sa compagne.

Toujours les mêmes caractéristiques pour une statue de femme assise sur un tabouret décoré de  sculptures d’ancêtres. La coiffure de la femme assise est plus ouvragée, mais les traits principaux du visage sont schématiques : yeux en losange, nez rectiligne en forme de flèche, bouche fendue. Les femmes avec enfant sont traitées de la même façon austère, monumentale.

Une femme pilant du grain est sculptée de la même façon synthétique, sans éléments anecdotiques.

Les joueurs de Xylophones ou balafan, sont traités de la même façon hiératique, pleine de noblesse et de sévérité.

De nombreuses figures de cavalier rappellent que le Nommo a tiré l’arche vers la mare en se transformant en cheval

 

-          Les Dogons réalisent des statues « type Tellem » hermaphrodites avec les bras levés et couvertes d’une épaisse patine de sang et de bière  de Mil.

-          Les 4 couples de Nommo, ancêtres mythiques nés du dieu Amma, ornent les tabourets, les poteaux  de maisons de réunion des hommes, les serrures et portes de greniers.

-          Le couple primordial est représenté assis sur un tabouret, dont la base figure la terre et le plateau supérieur représente le ciel. Entre la base et le plateau figurent les Nommo, ancêtre des humains.

-          Les figures féminines assises, les mains sur le ventre sont liées au culte de la fécondité et incarnent la première ancêtre morte en couches. Elles sont l’objet d’offrandes et de sacrifices dispensés par les femmes qui attendent un enfant.

-          Les statues agenouillées des esprits protecteurs, sont placées à la tête du mort pour absorber sa force spirituelle. Elles jouent le rôle d’intermédiaire avec le monde des morts en y accompagnant le défunt. Elles sont ensuite replacées sur les autels des ancêtres.

 

Le style Dogon a évolué vers une forme de cubisme avec des têtes ovoïdes, épaules carrées, membres fins, seins pointus, avant-bras et cuisses sur un plan parallèle, coiffures stylisées par 3 ou 4 lignes incisées. Les sculptures Dogon expriment particulièrement des valeurs religieuses et des sentiments. Elles servent de support à l’initiation et à l’explication du monde. Cachées dans les sanctuaires ou dans la résidence du Hogon, elles sont des vecteurs de connaissance pour l’initié qui saura interpréter les signes de la statue selon son niveau de connaissance.

L’art Dogon se manifeste aussi dans l’architecture, les objets de culte et domestiques.

Les forgerons Dogon fabriquent aussi des fers rituels montrant le Nommo dans diverses attitudes comme pour les statues, mais aussi avec des éléments du poisson.

La religion Dogon

Avant le monde était Amma un Dieu ayant l’aspect d’un œuf. Amma créa quatre créatures mâles et quatre femelles. Les mâles sont : nommo die, nommo titiyayne, o nommo et Ogo et furent créé sous forme de poissons. Mais Ogo se révolta au cours de son achèvement, désirant faire une création à son propre compte. O nommo fut sacrifié pour racheter la faute de son jumeau Ogo et descendit sur terre avec l’arche qui contenait les ancêtres des hommes et tous les êtres vivants. Ogo, en révolte contre Amma, sortit de son placenta en en arrachant une partie et descendit avec  une arche sur la terre. En sortant prématurément, il n’avait pas attendu la gestation de sa jumelle et demeura faible et seul car Amma avait transformé le morceau de placenta arraché par Ogo en notre terre et la lune. Ogo, mécontent  de la terre, impropre à la culture, remonta au ciel pour interrompre les travaux d’Amma et reprendre le reste de son Placenta. Mais Amma pour mettre ce morceau de placenta hors de portée d’Ogo le transforma en notre soleil. Amma transforma ensuite Ogo en quadrupède, le renard pâle qui sera désormais dans l’univers instrument de désordre. Acceptant l’opposition du renard et le désordre qu’il amena dans l’univers, Amma laissa se former le dualisme et l’individualisation psychologique. Pour réorganiser l’univers perturbé par le renard, Amma décida de sacrifier son frère jumeau O nommo, son sang servi à purifier la terre et son corps découpé en morceaux permis l’apparition des astres, des animaux, des plantes. Après cette purification de l’univers, O nommo fut ressuscité par Amma pour l’envoyer sur terre, donner naissance aux êtres humains et y organiser la vie. Amma avait fait les hommes immortels, mais suite aux désordres introduits sur terre par le renard, la mort apparut. L’arche dans laquelle est descendu Ogo est devenue la terre inculte, celle de O nommo symbolise la terre cultivée. Après que tous les êtres fussent descendu de l’arche, O nommo (ou Nommo) reprit la forme d’un poisson et alla vivre dans la grande mare (les océans) née de la première pluie. C’est dans l’eau que Nommo révéla aux hommes la parole qu’il tissa à travers ses dents.

La religion Dogon comprend la croyance en Amma, Dieu lointain et immatériel, mais se concrétise du coup en institutions et démarches permanents envers les ancêtres :

1° Culte des ancêtres totémiques immortels

2° Culte du Lebe, grand ancêtre mort provisoirement et ressuscité sous la forme d’un serpent. Le Lebe est le grand ancêtre dont les fils donneront naissance aux quatre tribus : Dyon, Domno, Ono et Arou.

3°Culte des masques, ancêtres mortels.

L’économie des Dogon    

Les Dogon sont agriculteurs, avec un système de descendance patrilinéaire et une résidence patrilocale. Il y a une division du travail. L’homme s’occupe de la culture des champs et d’une maigre chasse (à cause d’une  pénurie de gibier), du tissage et de la vannerie. La femme entretient son intérieur, fabrique la poterie, file le coton, teint des étoffes. Le forgeron ne travaille pas seulement le métal, il réalise aussi les objets en bois. C’est un personnage important appartenant à une caste.

Organisation sociale des Dogon et rites d’initiation

Comprenant plusieurs clans totémiques, le village Dogon est sous l’autorité du conseil des anciens. Les clans se subdivisent en lignages, dirigés par le patriarche, gardien de l’autel des ancêtres du clan et responsable du culte.

Il existe d’autres collectivités plus vastes que le clan, qui sont les 4 tribus initiales (Dyon, Arou, Ono, Domno) descendant chacune respectivement d’un des quatre ancêtres mythiques (Amma Serou, Lebe Serou, Binou Serou, Dyongou  Serou) qui devaient à l’origine se partager le pays Dogon mais qui se sont finalement mélangées sur un même territoire. C’est au sein des instances de ces tribus que sont nommés les plus hauts dignitaires religieux, à la tête d’une région, qui se nomment les Hogon, responsables du culte du serpent mythique Lebe et ancêtre Lebe Serou. Assistés du forgeron, ils président les cérémonies agraires. Maîtres des échanges et du commerce, ils ne travaillent pas la terre, mais ne peuvent quitter leur maison considérée comme un sanctuaire. Celui qui réside à Arou est considéré comme le Hogon supprême.

Corrélativement à ce système de hiérarchie par parenté il existe des regroupements par classe d’âge au sein desquelles les membres se doivent entraide toute leur vie.

La circoncision et l’excision ouvrent à la vie adulte et permettent de se marier et de participer à la vie sociale et rituelle.

Des associations masculines et féminines sont chargées de l’initiation qui se réalise par classes d’âge. Les membres d’une classe d’âge se doivent une aide mutuelle jusqu’à la mort. L’initiation des garçons commence après la circoncision. Elle débute par l’enseignement des mythes commentés à partir de dessins et de peintures. Le garçon y  apprendra la place de l’homme dans la nature, la société et l’univers. La mythologie Dogon est si complexe qu’un griot a besoin d’une semaine pour la raconter entièrement.

Les forgerons et les sculpteurs sur bois, forment une caste à part. Ils transmettent en principe leur métier par voie héréditaire. Ils sont craints et respectés par la communauté qui leur attribue des pouvoirs particuliers. Ils ne peuvent se marier qu’à l’intérieur de leur caste. Les femmes s’occupent de la poterie.

Les grandes cérémonies Dogon

L’association masculine, nommée awa, chargée de l’initiation, organise également les grandes cérémonies du levé de deuil qui peuvent durer plusieurs jours et rappellent en mémoire les défunts des 2 ou 3 dernières années. A cette occasion, 2 masques principaux sont fabriqués :

  • Le sirige ou maison à étages, porté par un danseur qui mime le mythe de la création et de la descente de l’arche.
  • Le masque kanaga, surmonté d’une croix pointant le ciel et la terre

D’autres masques zoomorphes les accompagnent : antilope, hyène, lion, lièvre, singe, buffle, oiseau, ainsi que d’autres masques heaumes dotés de cornes et d’un museau. Ces masques peuvent  posséder une décoration de couleur rouge, noir et blanc.

La grande cérémonie du Sigui se déroule tous les 60 ans. Son symbole est un masque serpent et toute la communauté y participe.

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